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LE judaïsme

SES DOGMES ET SA MISSION

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2 PRÉFACE.

suprême qui se dresse pour chacun de nous au bout de celle vie terrestre.

Une théologie qui ne se soucierait pas de ce grand sujet, qui ne ferait rien, nous ne vouions pas dire pour la solution, mais pour rëlucidalion et la position nette du problème, resterait à Télat d'ébauche , ne répondrait ni auK espérances qu'elle pro- voque, ni aux larges horizons qu'elle nous fait entrevoir ; elle élèverait un ëdiQce sans couronnement.

Mais quels sonl les éléments du sujet? sont les luminaires propres à nous éclairer, à nous guider dans un chemin il est si facile de s'égarer et de perdre le fil conducteur? Si nous en croyons Tëcole ihëologique, ils sont au nombre de deux ; ils s'appellent Providence et Rémunération, le dogme de la vie future venant se rattacher au principe des peines et des récom- penses.

I. Providence.

Le premier échelon par lequel nous commençons notre ascen- sion vers rimmortalilé, c'est la croyance au gouvernement pro- videntiel. A défaut de providence, si Dieu, se bornant à lancer le monde dans l'espace après l'avoir créé dans un moment de caprice, se désintéressait à son développement, ainsi qu'au sort des créatures auxquelles il l'a assigné pour demeura, la rémuné- ration serait un non-sens. Comment s'imaginer que Dieu s'oc- cupe de l'homme mort, s'il le dédaigne vivant? Il ne suffira même pas, pour nous rassurer complètement, que cette provi- dence soit générale ou collective, en rapport avec les genres et les espèces; non, il faut qu'elle se montre à nous spéciale et individuelle. La rémunération et la vie future, telles que notre intelligence les conçoit, ne sont réelles qu'à cette condition. C'est par l'influence directe, personnelle, qu'elles exercent sur chacun de nous, que notre destinée est mise en harmonie avec nos aspirations.

Nous n'ignorons pas qu'aujourd'hui, comme autrefois, positi- vistes et sceptiques prétendent reléguer le dogme de la provi-

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PRÉFACE. 8

dence dans la sphère de la spéculation pure, faite pour solliciter les méditations de quelques penseurs solitaires, mais sans action sur les réalités de la vie. Un simple coup d'œil jelésurle monde politique et social pourra nous édifier et sur la valeur de cette assertion, et sur l'importance du rôle assigné à la providence dans les événements humains.

D'un côté, la scène politique retentit partout du nom d'un Dieu-providence ; jamais ce nom n'a été invoqué autant que de nos jours. On ne l'entend pas seulement sous les voûtes des églises, des temples et des synagogues ; il revient continuelle- ment aux lèvres de ceux qui disposent du gouvernement des nations. Gomme le disait déjà notre chantre sacré : « Tous les rois de la terre te rendent des actions de grâce, ô Etemel ; ils célèbrent tes voies et chantent ta gloire infinie (i). » Nous n'avons pas à scruter ici le degré de sincérité de ces manifestes royaux, ni à examiner la diversité des interprétations dont ils sont suceptibles. Il ne s'agit, pourle moment, que de les recueil- lir comme un signe du temps, et de noter cette affirmation uni- yerselle d'un patronage d'en haut. Tel prince lui attribue sa prospérité, ses triomphes; tel ^utre lui rapporte ses défaites. Les grands cherchent à l'associer à leurs projets ; la voix des peu- ples éclate en cris de joie ou de douleur suivant qu'ils le jugent favorable on hostile à leurs désirs. A son tour, l'individu croit reconnaître ses traces dans les événements saillants de Texistence du fTioi, rarement amenés par le cours naturel des choses, sur- gissant, au contraire, brusques et inattendus, comme autant de brèches faites à l'ordre régulier. Lors donc que la Providence est attestée de toutes parts, saluée, glorifiée, invoquée à tous les degrés de l'échelle humanitaire, ne serai^on pas mal venu de demander elle est, à l'exemple de cette horde incrédule qui, le lendemain de la sortie d'Egypte et du passage de la mer Rouge, osait demander à Moïse : « Est^il bien vrai que Dieu se trouve au milieu de nous (S)? »

D'autre part, la société proprement dite ne prend sa véritable

(1) PuBDef, CXXXVIII, 4 et 5. (i) Bioda, XVII, 7.

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4 PRÉPAGE.

assiette que tout autant qu'elle est placée sous le regard de la Providence. Un seul fait suffira pour le démontrer. En tout temps on a discuté la question de savoir si Thomme vaut davan- tage comme individu ou comme membre du corps social. Est- ce une question oiseuse? On ne saurait le dire quand on voit les pouvoirs centralisateurs et ce qu'on appelle les self-governe- ments se disputer si vivement la prééminence. Il n*est donc pas indifférent de savoir ce que la notion claire de la providence nous révèle à ce sujet. 11 semblerait qu'elle s'attache à nous mettre en garde contre deux tendances exclusives. En affirmant Igs rapports jmmédiîils du moindre des humains avec Tauteur des existences, ella nous donne la plus haute idée de la dignité personnelle, elle nous apprend à n'y renoncer jamais, elle nous défend de Taviliri sous peine de perdre nos droits à la sollici- tude du Créateur, faisant l'homme à son image. Et puis, en nouâ le montrant veillant à la direction des intérêts communs et des muUimdeft, elle sauvegarde les droits des corps moraux, les intérêts des masses, serrant le nœud qui unit le particulier au général, l'individu à la famille, la famille à la cité, la cité à la patrie , la patrie à l'humanité. Mais elle les unit sans les confondre, à l'instar de certains métaux qui, même après leur fusion, conservent des marques ineffaçables de leur forme pre- mière. Il s'ensuit que, tout en devenant membre actif et zélé du groupe dont il fait partie, l'homme ne doit cesser d'être et de rester lui môme ; il en résulte, en outre, que la société n'est bien constituée que si elle satisfait à cette double condition. Elle sera, non pas le pilon qui écrase les matières séparées pour les amalgamer, mais le lien de la vie (1) qui contient les âmes, mais sans en altérer la personnalité.

Ici vient se poser une autre question : Pouvons-nous, dans line matière si grave, si transcendante, espérer atteindre à un certain degré de précision? Avons-nous à notre disposition un compas qui nous aidera à tracer, sinon l'immense cercle, du moins les grandes lignes d u gouvernement providentiel ? L'exposé

(1)1 Samqel, XXV, 99. Ù^^nn ^I^SC

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PRÉFACE. 6

qui soit servira de réponse à cette demande. Ce que nous pou- vons, ce que nous devons proclamer dès le principe, parce que cela nous parait hors de conteste, c'est que Dieu seul a pu nous confier ce qu'il lui plait que noas sachions de ses modes d'inter- vention dans les affaires humaines. C'est assez dire qu'il faut aller le chercher dans nos livres saints, fidèle écho de la parole révélée, et auprès de ses interprètes les plus autorisés. Nous verrons la Providence y apparaître sous les formes, dans les attitudes les plus variées : ici, ce sera l'ordonnateur'supréme veillant à la conservation et à l'harmonie de l'ensemble ; là, le maitre du temps faisant l'appel aux gériL^r^tioas et îeurassignant à chacune son poste; ailleurs, le dispensateur d'une lumière qui pénètre partout, qui fouille dans lu for intérîeuf du plus grand comme du plus chétif enfant de la terre. Le livre de la Loi nous dira dans quelles circonstances el h quelles occasious il convient à cette Providence de pren*kc le nMc de spectateur on d'acteur. La Bible nous révélera quand et il lui plait de donner l'impulsion sans infirmer notre libre arbitre. Leprophé- tisme et la tradition, qui le complète, nous enseigneront jusqu'à quel point l'infaillible justice se concilie avec l'existence du mal, tant physique que moral; pour nous éclairer, ils joindront au précepte le prestige de l'exemple. N'allons pas croire cepen- dant que ces révélations nous livreront le secret de Dieu. Hais la théologie nous tracera un cadre si large, elle fera passer sous nos yeux tant de faits, avec leurs causes proches ou éloignées, elle nous parlera si clairement, si éloquemment de celui qui sonde les cœurs et les reins, qui du haut de sa céleste demeure contemple les habitants de la terre, assiste à leurs actes, qu'il inscrit dans le livre du souvenir, qu'il faudra s'incliner, bon gré mal gré, devant la pensée souveraine qui prévoit, qui règle tout, reconnaître et bénir la main puissante qui donne à cha- cun selon ses œuvres (1).

(I) iMnia, XXXU, 19.

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PRÉFACE.

IL RÉMUlfÉRATIOIf.

. Prise dans son acception la plus générale, la rémunération n'est pas seulement un principe, mais aussi un sentiment telle- ment inhérent à notre moi que rien au monde ne peut Ten arra- cher. On peut le déplacer, le modifier, Taltérer, mais on ne par* vient pas à le supprimer. Mais ce sentiment, dira-t-on, n'est-il pas en contradiction avec le précepte du désintéressement, que Ton fait sonner si haut? Il est yrai que certains moralistes superficiels ou exagérés mettent une précipitation aveugle à jeter au rebut, comme un vêtement usé, le mobile de récom- pense; ils appellent cela rémancipation du droit d'activité ; à l'exemple d'une défunte école qui prétendait faire de l'art pour l'art, ils soutiennent qu'il faut faire' le bien pour le bien lui- même. Assurément, tout n'est pas faux dans cette thèse : comme réaction contre la conception étroite du paradis et de l'enfer, dont le crédit, du reste, a considérablement baissé auprès des nouvelles générations, elle est dans le vrai et se maintient dans la voie du progrès intellectuel et moral ; on ne peut que l'approu- ver dans les efforts qu'elle déploie pour spiritualiser la rému- nération, d'accord avec la vraie doctrine. Hais elle dépasse le but, elle s'égare, quand c'est à la rémunération elle-même, et non plus à sa nature, qu'elle s'en prend. Et sait-on bien à quoi aboutit cette exagération, cette violence faite à la vérité? Elle aboutit à ce fâcheux résultat, que produit toute théorie poussée à outrance : en arrêtant le cours régulier des choses, on lui fait prendre un chemin qui sera marqué par de grands ravages. Il arrive alors ceci : détournée du lit que lui ont creusé Dieu et la nature, écartée de la route qui, jalonnée par la conscience et le sentiment, conduit à la vraie béatitude, la rémunération va se précipiter dans le torrent bourbeux des convoitises maté- rielles. On perd de vue l'idéal, mais pour se mettre à la pour- suite d'une grossière image. C'est alors que s'organise sur une vaste échelle cette course au clocher que nous pouvons suivre

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PRÉFACE. 7

des yeax, et dont le prix consiste dans la possession d'an fragile instrament de fortune ou d*un hochet de vanité.

Alors aussi Tient surgir la question du salariat, avec les formi- dables proportions que nous savons, et les nobles fruits de la pensée réclament cette propriété littéraire qui, en dépit de sa légitimité, n*est pas faite pour les rehausser, qui les abaisse, au contraire, au niveau de la production mécanique. Voilà bien un signe du temps, un indice de la rupture de Téquilibre, qu'on ne dérange pas impunément, entre la rétribution temporelle et la rétribution spirituelle.

C'est à dessein que nous nous servons du terme d'équilibre. Cet équilibre existe, du moins il doit exister, et il ne saurait être question de sacrifier Tune à l'autre. La suppression de la première au profit de la dernière, qui caraclérise les siècles de martyre et de foi absolue, n'exprime pas plus une situation morale régulière que ne le ferait l'expulsion de celle-ci au béné- fice de celle-là. Dès que la balance penche trop d'un côté, la réaction ne tarde pas à venir, comme Brennus, jeter le poids de son épée dans le plateau opposé. C'est en faveur de l'inté- grité de Tordre moral que Moïse et Salomon insistent à l'envi sur la sainte obligation d'avoir de justes balances (1). Ils re- poussent les prétentions exorbitantes et les opinions extrêmes, d'où qu'elles viennent.

Aller à la découverte d'une juste pondération entre les récom- penses terrestres et les récompenses célestes, chercher aies con- cilier dans leur antagonisme et à les réconcilier dans leur lutte, trouver un terrain assez vaste pour les contenir sans gêner leur mutuelle expansion, est une tâche qui ne manque certainement pas d'à-propos. Loin de se laisser confiner dans les régions de la spéculation, le dogme de la rémunération, comme celui de la Providence, pousse sa pointe en pleine réalité. Conduite avec sagesse, avec prudence, une pareille étude offrira plus d'un remède à des déviations qu'il nest pas aussi facile de cor- riger que de signaler.

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Léfit., XIX, 56; Dealer., XXV, 16; Prov., XI, 1; XX,. 10 el «S.

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8 PRÉFACE.

L*exposë que nous allons entreprendre, et qui envisagera le principe sous ses différents aspects, nous révélera peut-être les conditions de Talliance, nécessaire parce qu*elle correspond à notre double nature, entre la rémunération présente et la rému- nération future. Nous voudrions démontrer que nulle religion n'a compris mieux que le judaïsme la raison d'être de cette alliance et les moyens les plus propres à la réaliser.

III. Vie future.

£t si nos efforts ne restent pas stériles, si nous réussissions, dans cette étude, à nouer ou à renouer la chaîne qui unit entre elles les deux rémunérations, n'aurions-nous pas par cela même fait un grand pas vers Tintelligence du problème de la vie future? Celle-ci ne s'offre à nous sous des apparences si mys- térieuses, nous allions dire si effrayantes, que parce qu'on pré- tend la saisir en substance, dans sa forme absolue, détachée et séparée de la vie présente. Tant qu'on se bercera du chimérique espoir de voir clair dans les arcanes d'outre-tombe, on échouera dans une tentative dont le bénéfice le plus clair est de mettre à nu notre impuissance et notre folie. Iln'en sera plus de même le jour où, nos prétentions devenant plus modestes, on se con- tentera de saisir et de suivre le fil qui unit les deux vies. Nous n'aurons pas à nous plaindre de notre lot si, comme Moïse contemplant la terre promise, du haut du montÂbarim (1), nous > arrivons à jeter de cette rive un regard clair sur la rive opposée. Une perception de ce genre, la seule d'ailleurs qu'il nous soit donné d'acquérir, pour être moins prétentieuse, n'en aura que plus d'efficacité sur la direction de notre conduite morale et religieuse.

Par ce rapide coup d'œil jeté sur les éléments qui entrent dans la composition de cette troisième et dernière partie de

(0 Dwlér., XXXII, 49.

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PRÉFACE. 0

notre oenvre on peut se faire une idée de lenr connexité, de lenr filiation : la Providence conduisant à la rémunération, et la rémunération sagement conçue aboutissant à une conception relative de la vie future. On y puisera également la conviction que ces dogmes, que nous voudrions pouvoir mettre à la portée de toutes les intelligences, ne sont nullement faits pour rester enfermés dans les murs de Técole. Ils ont le droit d'entrer dans la yie pratique ; leur influence sur Tindividu et sur la société ne saurait être contestée. Cela n'étonnera personne, pour peu que Ton reconnaisse que la lumière ne vient pas d'en bas,^ que c'est dans le firmament, au plus haut du ciel, que Dieu a sus- pendu les luminaires faits pour éclairer la terre (1).

Nous terminerons par un aveu qui nous inspire moins d'hu- miliation que de regret : c'est l'aveu de notre faiblesse, de notre impuissance à traiter convenablement un sujet aussi vaste, aussi ardu, que celui qui a sollicité nos labeurs. Nous ne pouvions cependant hésiter, ni cesser de persévérer dans notre tâche, en nous sentant soutenus comme par deux anges gardiens, qui, d'après la tradition, se tiennent l'un à notre droite, l'autre à notre gauche (2). Le premier nous est venu de la source de toute science et de toute vérité ; c'est Dieu qui nous a prêté force et courage (3) pour mener à bonne fin notre entreprise. Le second s'est personnifié pour nous dans cette noble famille qui est, elle aussi, une providence, une providence pour les corps et pour les esprits : qu'elle reçoive ici la nouvelle et pro- fonde expression de noire gratitude pour nous avoir maintenu jusqu'au bout son généreux concours, aidé à servir la cause de la religion universelle par l'exposé des éternelles vérités du judaïsme, appelées à devenir le patrimoine de l'humanité (4) I

(I) Genète, I, 17. (3) Dentér., VIII, 18.

(9) Tilmni, Taaaiib, 11. (4) ZephanU, III, 9; Zaeiurie, XIV, 9.

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DIXIÈME DOGME.

DE LA PROVIDENCE.

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DIXIÈME DOGME

DS LA PROVIDENCE CONSIDÉRÉE EN ELLE-MÊME ET DAN9 SES RAPPORTS AVEC LA PRESCIENCE DIVINE ET AVEC LE LIBRE ARBITRE.

(ro ,y» ,y5 o»ion)

Dv baat elel rÊlenel toit ai conieoiple tou 1m llli de rhonne. Auli lor ion trôie fnébnolable , Il étend la tolUcitade à toot les habiianta de la terre. Criatew de tone lu emnt , Il en oooipreod to«f lee aetei. (PsauBce SS, 13, 14 et 15.)

Formule de Maïmonide (1). ^— « Croire que Dieu connaît toutes les actions des hommes , que jamais sa soUicitade ne les abandonne, qu'il n'est pas vrai que « Dieu ne s'occupe pas « de ce monde sublunaire (2) ». La vérité est dans ces paroles de Jérémie : « Grand par le conseil , tout-puissant par Tac- tion, tes regards Dieu!) sont ouverts sur toutes les voies de rbomme (3) » ; puis dans ce double témoignage de la Ge- nèse : « Dieu vit que la méchanceté de Thomme envahissait t la terre (4) » ; Dieu dit : « Le cri de Sodome et d'Amora est « devenu trop fort (5). »

(1) Commentaire à la MiMhBa,S7Bbédrlii, (s) Jdrdmle, XXXII, 19. ehap. 10. (4) Genèse, VI, s.

(t) Èiéehlel, VIII, If; IX, 9. (5) Ikid., XVIII, 90.

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14 DIXIÈME DOGME.

CONSIDÉRATIONS GËNÊRALES.

Le dogme de la Proyidence est le couronnement de la vie religieuse ; il ne complète pas seulement les deux principes fon- damentaux de la Tbéodicëe et de la Révëlation, mais il les fait entrer, enseignes déployées « dans la pratique de la vie. On éprouvera d'autant plus vivement le désir de connaître Dieu et ses attributs qu'on saura qu'il s'occupe de nous, qu'il veille sur nos actes comme sur nos pensées, que rien de ce qui concerne l'homme et la nature ne lui est indifférent, et Ton sera d'autant mieux disposé à écouter sa parole, à exécuter ses ordres, à se soumettre & sa volonté, que l'on sera convaincu qu'il entretient des rapports constants tant avec la création en général qu'avec chaque être en particulier. L'idée de Providence rend en quelque sorte palpable le lien qui unit la créature au créateur; sans elle, ce lien manquerait et de force et de stabilité. S'il ne sentait pas au-dessus de lui des bras toujours ouverts pour le recevoir, un regard toujours fixé sur lui avec bienveillance, une main toujours prête à le guider et à le préserver, l'homme ne mettrait guère d'ardeur à se plonger dans la source de tout bien et de toute perfection. En dehors de la Providence, il y a place encore pour un froid déisme , mais non pour un culte positif attirant à lui toutes nos facultés intellectuelles et sentimentales. Il appartient donc à la théologie, et ce n'est pas la partie la moins essentielle de sa tâche, d'apporter à la religion son contin- gent de lumières à l'effet d'élucider le dogme de la Providence, en lui faisant un piédestal si élevé qu'il soit vu de tout le monde.

Quand nous constatons l'importance du principe providentiel au point de vue de la religion, il est loin de notre pensée de réduire son domaine, d'en méconnaître l'influence sur le monde social. Autre chose est la société humaine abandonnée à elle- même, fatalement livrée à ses agitations, à ses transformations, à ses révolutions, à ses cataclysmes ; autre chose la société se développant sous le regard de la Divinité, s'inspiranl de sa vo- lonté, se reposant sur sa vigilance, se mouvant dans le sens de

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DE LA PROVIDBMCB. f5

son impulsion, portant en elle comme sur elle les signes de sa glorieuse mission. Autant la première se présente à nous sous un aspect imprévu, chaos à peine débrouillé, autant la seconde se transfigure, nous laissant voir partout, dans rindiyidu, dans la nationalité, dans rhumanité, dans les infiniment petits comme dans les infiniment grands, la main qui agit, Tœil qui Yoit et Tintelligence qui gouverne.

Avant d*aborder Tétude du dogme, il n*est pas sans opportiH nité de commencer par en tracer le terrain : on ne doit pas s'a- Tancer au hasard, errer à l'aventure, dans un champ si vaste et, pourquoi ne le dirions-nous pas ? jusqulci si mal délimité. Déjà la formule de Maîmonide nous met sur la voie. A bien consi- dérer les termes dont il se sert et les citations sur lesquelles il s'appuie, on voit bien qu'il s'agit avant tout de la Providence dans ses rapports avec Thomme et avec l'humanité. Ce n'est pas à dire qu'il faille éliminer de cette étude tout ce qui n'est pas rhomme, d'autant moins qu'on ne peut jamais séparer complè- tement l'homme de la nature; mais cela signifie que la Provi- dence divine est avant tout à l'adresse de l'homme, que c'est à cause de lui et à son profit qu'elle s'étend à tout Tordre naturel. C'est un premier point acquis, dont nous allons tout de suite reconnaître l'importance; il nous met en n^esure d'écarter deux objections soulevées par les adversaires du dogme.

« Nous voulons bien, disent-ils, admettre que la création est sortie de la main de Dieu ; avec vous et comme vous, nous Yoyons son doigt partout ; nous ne faisons aucune difficulté de saluer en lui l'auteur du ciel, de la terre, de Tàme humaine, des lois qui en règlent la marche et la durée, des forces qui gou- vernent le monde, des éléments qui concourent à la composi- tion et à la décomposition des êtres. Mais nous pensons que Dieu a créé une fois pour toutes; nous jugeons indigne de sa sagesse comme de sa puissance infinie de reprendre constam- ment en sous-œuvre la construction de l'univers, de trahir son insuffisance, sinon son impëritie, par des modifications, progres- sives, nous le voulons bien, mais n'en accusant pas moins l'im- perfection de l'ouvrier, incapable de produire d'un seul coup.

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16 DIXIÈME DOGME.

et sans y jamais revenir, un chef-d'œuvre achevé de lous points. Si Dieu, poursuivent-ils, se voit dans la nécessité de surveiller sans cesse la création pour en corriger les déviations, c'est qu'il n'a pas su établir des lois infaillibles, c'est que ses œuvres ne seraient, pas plus que celles des hommes, frappées au coin de la perfection suprême. Le plus intelligent, le plus habile artisan, n'est-il pas celui qui sait le mieux donner à son œuvre le gage de la durée? Moins cette œuvre sera sujette aux transformations, plus il méritera le renom de maître es arts. Or, si tel est notre sentiment à l'égard de l'humble potier qui ne sait que pétrir et façonner l'argile, oserions-nous attribuer à Dieu une œuvre qui exigerait de sa part une vigilance sans fin, à tel point que, s'il se laissait aller à un instant d'inadvertance, tout irait crou- lant et s'abîmant! » Finalement, ils posent ce dilemme : « Ou bien Dieu pouvait créer l'univers parfait et complet, image de sa propre perfection, et alors à quoi bon la Providence? à quoi bon tous ces soins et cette sollicitude pour une création qui se déroule d'après un plan éternel, immuable? Ou il ne le pouvait pas, et alors la raison d'être de la Providence est toute trouvée, mais aux dépens de sa toute-puissance et de son infaillible sa- gesse.— Choisis si tu l'oses», terminent-ils ironiquement. Eh bien, en se. plaçant au point de vue de l'illustre docteur, qui est aussi le nôtre, en voyant dans la Providence ce qu'elle est réellement, le gouvernement de Dieu adapté à la nature de rhomme, on ne craint plus l'objection. Si Dieu n'a pas réalisé ce chef-d'œuvre d'immobilité qui 'plairait si fort à nos contra- dicteurs, c'est qu'il voulait faire mieux que cela. Au lieu de cette immobilité, qui ressemble plus ou moins à la nature morte, ne valait-il pas mieux produire la perfection animée, pleine de mouvement et de vie, fondée sur la divine alliance de la stabi- lité avec le progrès, convier l'homme à participer à ce chef- d'œuvre, à y participer de la façon la plus noble, c'est-à-dire li- brement et sciemment? Or, en faisant concourir l'homme au but final par l'intelligence et par la liberté, Dieu s'était imposé spontanément la tâche de veiller sur l'activité humaine, de la diriger dans la voie qu'il désirait lui faire suivre, de la rectifier

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DE LA PROVIDENCE. 17

dans ses écarts, lai prodiguant, selon les cas, les encourage- ments ou les avertissements, tout en se réservant de faire servir à ses 0ns jnsqu^aux égarements humains , au même titre que rËcriture nous montre la majesté divine résidant au sein d*Is- raël impur et souillé (1). Tel est le rôle assigné à la Providence par la tradition religieuse, qui arrive ainsi à combattre le ra- tionalisme pur par ses propres armes, opposant dilemme contre dilemme : c Ou bien , lui dit-elle , vous niez la grandeur de l'bomme, sa supériorité sur le reste delà nature, aimant mieux rabaisser au niveau de la brute, en dépit de Téclatanl témoi- gnage écrit dans la Genèse et gravé dans notre cœur, et alors TOUS faites bien de repousser la Providence; ou vous recon- naissez la suprématie du 111s d'Adam, vous ne mettez pas en question la l&che libre et volontaire qui lui est dévolue ; mais sdors vous ne pouvez vous passer de la Providence, d'un Dieu inspirateur et régulateur de cette mission de progression con* linne. »

Une autre objection a été soulevée au nom de la majesté di- vine mal comprise. Est-il à supposer que celui dont la gloire remplit le ciel et la terre (2) daigne s'occuper de ce misérable tas de boue et des êtres non moins misérables qu'elle supporte? N*est-ce pas humilier la divinité que de la mettre en rapport avec ce grain de poussière perdu dans l'espace, avec cette triste humanité, foyer de corruption et de vaines agitations? Déna- turant le vrai sens des paroles du Psalmiste : a Les cieux ap- partiennent à Dieu ; quant à la terre , il l'a donnée aux bommes (3), x> ils en concluent à la séparation radicale entre le ciel et la terre, entre Dieu et l'homme. Tout au plus admet- tent-ils une sorte de demi-Providence ; ils tracent un cercle à l'action divine, prétendent poser des limites à son intervention, osent lui répéter ce qu'il a dit lui-même à la mer : « Tu vien- dras jusqu'ici et lu n'iras pas plus loin (4). » Ils enferment donc rinfluence providentielle dans la sphère des corps célestes,

(0 Lévii.» XVI, 16. (3) Ptanmei. CXV, 16.

(1) Jérénie» XXIII, 94. (4) Job, XXXVIII, 11.

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18 DIXIÈME DOGME.

qui, à leur (onr, seraient chargés de la direction de ce monde snblanaire. Â l'exemple de Job apostrophant ses amis, nous se- rions tenté de leur dire : « Qui vous a chargés de prendre fait et cause pour l'honneur de Dieu (1), qui vous a constitués les défenseurs de sa dignité? Prétendez-vous les connaître mieux que les organes de la parole révélée, pénétrés de son esprit, déclarant unanimement que Dieu met sa grandeur dans ce que vous appelez son humilité, qu'il n'est pas plus Qer, s'il est per- mis de s'exprimer ainsi, du titre de Dieu des dieux et maître des maîtres que du nom de « protecteur de la veuve, de Tor- « phelin, de l'étranger et des cœurs contrits et brisés (2)? » Il est d'ailleurs & remarquer que ce système de la subordination de notre globe aux sphères célestes, système qui a joué un rôle si considérable dans la philosophie de l'antiquité, n'est pas in- connu h l'Écriture. Il est signalé au mépris et à la réprobation du monde par Moïse (3), par Isaïe (4), par Jérémie (5) et par Job (6). Maintenant le dogme de la Providence envers et contre toutes les opinions opposées et la mettant en regard de toutes les hypothèses forgées par la raison et la déraison humaines, la Bible ne semble- 1- elle pas nous dire : Comparez mon prin- cipe, simple et sublime à la fois, avec ces théories boiteuses qui ont cours sur le gouvernement général de l'humanité; en- gagez un débat contradictoire entre lui et les doctrines qui se flattent de le supplanter, et la lumière sera faite?

Mais ce n'est pas tout d'avoir placé la Providence sur son vé- ritable terrain, de l'avoir mise en rapport immédiat avec l'homme, il importe de l'examiner dans ses éléments principaux. Et d'abord, il s'agit de savoir si cette Providence divine est ou générale, ou nationale, ou individuelle, ou enfin si elle est tout cela à la fois. Si la formule de Maïmonide ne pose pas la question , elle nous fournit des indications pour la solution. Nous avons vu qu'il cite trois textes divers à l'appui du dogme,

(I) Job, XIII, 8. (S) Deutdr., IV, 17.

(«) Dcttldr., X, 17 et 18; ItaTe, LVII, (4) Uale, XLIV, «5; XLVII, IS et 4ï.

15; Pftamei, LXVIII, B et 6; of. Talmad, (5) Jérémie, X, S.

MegullU, St. (6) Job, XXII, 13 et U.

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DE LA ^ROVIDE!«CE. i9

et ces trois textes nous montrent précisément la Providence sous ces trois faces : générale, collective et spéciale. En effet, le premier texte a trait au déluge : « Dieu vit la corruption crois- sante du genre humain. « Voilà bien un fait de Providence uni- verselle. Le second, relatif à la catastrophe de Sodome, nous la montre s'attachant à un peuple, à une fraction quelconque de la société, c'est-à-dire àTélément national. En faisant deThis- toire de Sodome une espèce de pendant du récit du déluge, en lui consacrant une place notable dans la série des révélations de la Genèse (i), la Bible jette les bases de ce que nous appe^ Ions la Providence collective ; elle nous la fait suivre du regard dans son passage du genre à Tespëce, de la direction humani- taire à celle de ses divisions partielles. Vient enfin le troisième texte, qui invoque le Dieu « dont les regards sont ouverts sur toutes les voies de Thomme ». C'est la reconnaissance formelle de la Providence spéciale , allant de l'espèce à Tindividu, ne laissant nulle personne en dehors de son rayonnement. Nous aurons donc à étudier le dogme sous ces trois aspects sueces* sîfs ; puis, après Tavoir envisagé dans sa triple manifestation, il faudra le voir à l'œuvre, s'occuper du problème de son action externe et interne, ici se liant aux faits, s'insinuant dans la pensée, et terminer par l'examen des voies et moyens qui ac* cusent en elle, mieux que llris de la fable , la messagère de Dieu. Maïmonide, à la vérité, ne semble pas se douter de ces deux derniers côtés du dogme ; mais à moins de laisser celui-ci inachevé, nous ne pouvons négliger aucun de ces points de vue. Enfin il est un dernier point à noter. Dans l'immensité de son rôle, il arrive à la Providence de heurter d'autres prin- cipes, sacrés comme elle et avec lesquels , par conséquent, il faut compter. Nous avons nommé la prescience divine, la li- berté humaine, l'anomalie du bonheur du méchant et du mal- heur du juste. 11 n'est pas possible de passer ces antinomies sous silence, de laisser le dogme de la Providence sous le coup de con traditions qui, si elles étaient réelles, compromellraienl

(t) V07 notre RéffUtion, p. 41-45.

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20 DIXIÈME DOGME.

son autorité. Il est nécessaire de la meltre en présence de ces prétendus antagonismes , et de montrer qu'ils n'ont point la moindre envie de se comballre, qu'ils sont faits pour vivre en- semble dans la meilleure harmonie, que la Providence ne sau- rait être hostile soit à un élément sérieux de la théodicée, telle que la presneoce divine, soit aux lois morales, comme le libre arbitre et la juste rétribution des œuvres.

D'après les considérations qui précèdent, notre exposé du dixième dogme devrait embrasser quatre parties ou questions distinctes : l"" la Providence proprement dite, S"" le libre ar- bitre, S"" la prescience divine, 4'' le bonheur des méchants et le malheur des justes. Si Maïmonide , commenté par Abra- vanel (i), n'en traite que deux, « la connaissance de Dieu et sa providence, » Albou comble cette lacune et les énumère toutes les quatre (S), en nous annonçant que ses recherches vont porter sur les quatre points suivants : 1*" la connaissance et la pre- science de Dieu , 3^ le libre arbitre , S"* la Providence, 4'' et la rémunération , comprenant le problème du bonheur du mé- chant et du malheur du juste. Adoptant cette division de l'il- lustre dogmatiste, jaloux d'un autre côté de ne pas prolonger cetle leçon outre mesure, nous réserverons la quatrième partie pour le dogme suivant de la rémunération, et nous traiterons ici successivement de la Providence, du libre arbitre et de la prescience divine.

(l) Rosch Amaoa, chap. 8. (i) Ikarlm, IV« partie, pr^mbule.

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PREMIÈRE. DIVISION.

DE LA PROVIDENCE PROPREMENT DITE.

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PREXIÀRE DIVISION.

DE LA PROVIDENCB PROPREMENT DITE.

CHAPITRE ^^ - De la Proridence selon rEcritare.

§ i*^**. De la place fyrépondérante occupée par le dogme de la Providence dans la Bible ^ et de la diversité de ses formes.

Depuis le premier mot de la Genèse jusqu'aux derniers accents de la prophétie expirante, le dogme de la Proyidetice occupe le devant de la scène, à tel point que la Bible, dans son entier, ne semble être que Técho prolongé de ce principe qu'elle pro- clame, qu'elle annonce, qu'elle révèle sous les formes les plus diverses, parfois les plus opposées. Voici une esquisse rapide qui peut donner une idée de la variété de ses costumes et de ses attitudes multiples : c'est tout d'abord la force qui dirige les lois de la nature, les suspendant ouïes modifiant à son gré, ordonnant au ciel de fermer ses réservoirs, défendant à la terre de féconder la semence déposée dans son sein, desséchant le lit des fleuves, changeant le sol aride en sol jaillissant, ouvrant et fermant tour à tour les trésors de la production, confiant l'exécution de ses ordres tantôt à la nature brute, tan- tôt à la nature cultivée, employant comme messager de sa volonté la famine, la peste, les bétes féroces, les terribles météores, tels que les roulements du tonnerre, les éclats de la foudre, les tempêtes, les ouragans, les tremblements de terre, etc.

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24 DIXIÈME DOGME.

C'est ensuite le gouverneur de Thumanitë, le Dieu des nations, le juge de la terre, qui fait Tappel des générations, qui est avec les premiers comme avec les derniers, dont le nom est connu et adoré du levant au couchant, du midi au septentrion, et devant qui tremblent les extrémités de la terre. Seul il sait prédire les événements d'une manière infaillible, annoncer dès Torigine la tin des temps. Devant lui toutes les nations sont moins que rien, le néant; à son arrivée, les peuples battent des mains, poussent des cris de joie, chantant et acclamant le grand roi qui juge la terre avec équité et la société avec droi- ture.

C'est encore le Dieu de la nationalité, la Providence collective passantdugenreaux espèces, celle qui condamnerinrâmcSodome à la destruction, qui frappe PÉgyple jusqu'à ce qu'elle lâche sa proie, qui extermine la race gangrenée de Chanaan, qui châtie Israël tombant dans 1 idolâtrie et le vice, qui appelle Âschur la verge de sa colère, Nabuchadnelzor sa redoutable massue, Cyrus son Messie; qui faii vider successivement le calice d'amer- tume à tous les peuple entourant la Palestine et formant le premier noyau d'une solidarité générale, qui confectionne le joug destiné aux peuples constituant la première monarchie uni- verselle, qui élève la fière Babylone et l'orgueilleuse Ninive pour rendre leur chute plus éclatante, qui déclarera la guerre h l'invincible Gog et le fera tomber sur les monts de la Pales- tine, qui dirige le cœur des rois comme les sinuosités d'un ruisseau, qui préside à la grandeur et à la décadence de chaque fraction de genre humain, depuis les grands empires et la haute Asie jusqu'aux petites peuplades d'Amôn, de Moab, de Tyr et de Sidon. ^

C'est enfin la Providence spéciale se mettant directement en rapport avec les individus, non-seulement avec les grands hommes chargés d'une mission publique, avec les personnages historiques patriarches, législateurs, ponlifes,prophètes,chefs d'État, a^ec Abraham, Moïse, Aaron, Samuel, David, Isaïe, etc., appartenant plutôt à la catégorie des sujets de la Provi- dence collective, mais aussi avec les membres infimes de la

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DE LA PROVIDENCE. 25

Sociëlé, notamment avec les faibles, les opprimés et les éprou- vés. Ici c*est la Providence qui prend en main la cause de la venve, deTorphelin et de Télranger, qui se glorifie du nom de père des infortunés, défenseur des victimes de finjustice et de la violence, vengeur de leurs droits dédaignés et foulés aux pieds. C'est le Dieu qui soutient ceux qui tombent, qui redresse ceux qui sont courbés, qui fait sa propre cause de celle des per- sécutés, qui est bon pour tous, qui ouvre sa main pleine de grâces et de bénédictions pour les faire découler sur tout ce qui vit; c'est le Dieu dont on ne peut éviter la présence et le regard, ni en escaladant le ciel, ni en descendant dans les profondeurs de Tabime, pas plus en s*envolant sur les ailes de Taurore qu'en se réfugiant par delà les océans ; c'est le Dieu qui nous voit au dedans comme au dehors, qui pénètre dans les cœurs, qui sonde les reins, qui explore les coins et les recoins du for intérieur, qui y a sa lampe, la conscience, toujours allumée. Artisan du cœur, créateur de l'âme, il en connaît le mieux le mécanisme, s'introduit sans efforts dans leurs moindres replis, voit aussi clair dans les régions des ténèbres qu'aux splendides clartés du soleil élevé à sa septième puissance.

Le tableau sommaire que nous venons de tracer desdifférents aspects de la Providence, nous l'avons tiré non pas de tel ou tel endroit, mais de tous les côtés de l'Écriture. C'est la substance de ce que les livres des prophètes etdeshagiographesnous ensei- gnent dans des centaines de textes sur les formes multiples de l'intervention divine dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral.

§ 2. De Vordre providentiel dans ses rapports avec Vordre naturel.

Mais, dira-t-on, si l'intervention divine, si l'ordre providen- tiel est aussi réel et aussi fréquent qu'on nous l'annonce ci- dessus, que devient l'ordre naturel? Ne sera-t-il pas refoulé hors de l'univers? Est-il possible de les maintenir et de les

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26 DIXIÈME DOGME.

concilier ensemble? N*est-on pas rédait à choisir entre les deux, à embrasser la cause de Tun ou de Tautre, suivant la ten- dance des esprits et la direction du moment? G*est ce qu'il faut examiner avant d'aller plus loin. Et d'abord, imputer à